Vous trouverez ici le récit d’un dépassement de soi, rédigé à la première personne, en hommage à des frères d’armes disparus en opérations.

« Après avoir pris un vol interne de Katmandou à Lukla, j’ai trekké sur plusieurs jours afin de rejoindre le camp de base de l’Island Peak. La météo était excellente, les conditions de froid de plus en plus rudes au fur et à mesure que nous prenions de l’altitude. En effet, rien n’est chauffé dans les petites maisons qui nous hébergent, et je rajoute des épaisseurs régulièrement dès lors que nous aurons franchi les 4000m.

 

 Nous nous attaquons à l’Island Peak le 24 avril 2024, à 00h30. Le camp de base se situe à 5100m, et déjà il n’y a plus de vie sédentaire à ces altitudes-là. Je lutte contre des maux de tête assez forts depuis quelques jours, mais l’hydratation étant la clé, je fais avec. Nous tentons le sommet avec plusieurs autres aventuriers; deux polonais, un philippin, un colombien et moi.

J’arriverai en 2e au sommet à 07h40, doublée par notre ami colombien. Le philippin fera demi-tour à mi-chemin touché par le mal des montagnes. C’est épuisée et dans un état second que j’arrive au sommet, à 6189m. La météo est parfaite, mais je réalise que j’ai extrêmement froid et que je me sens extrêmement faible. La montée était beaucoup plus technique que prévue, demande beaucoup d’efforts sur parois verticales, mélange de glace et de roche.

La descente est très difficile nécessitant de nombreux passages en rappel.

J’arriverai au camp de base à 12h30, soit 12h après mon départ. Nous devons encore marcher pendant 3h pour rejoindre le premier camp construit et nous reposer.

Ce n’est que lendemain que je réaliserai que j’ai moi-aussi développé des symptômes du mal des montagnes.

Après avis médical, j’ai pris une sage décision, et malgré l’interruption du projet, je suis extrêmement contente d’avoir pu réaliser l’ascension de l’Island Peak sans oxygène, et d’avoir pu dépasser mes limites physiques.

J’ai beaucoup appris sur moi-même, ainsi que sur un autre sujet qui est l’humilité avec laquelle regarder cet environnement qu’est la très haute montagne. J’ai appris aussi que savoir renoncer m’a demandé plus d’efforts que celui de m’accrocher jusqu’au sommet.

 Je tenais à remercier Solidarité Défense, d’avoir pu mener à bien la première partie de ce projet.

J’y ai trouvé tout le sens que j’espérais, et j’ai pu porter le souvenir de mes camarades disparus et blessés jusqu’au bout de moi-même. »